En Suisse, le rôle essentiel des travailleurs frontaliers

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Chaque jour, 340 000 “étrangers familiers” venus de France, d’Allemagne ou d’Italie vont travailler en Suisse. Ces titulaires du permis G réservé aux travailleurs frontaliers restent une population méconnue, souligne le quotidien Le Temps.

Bonne nouvelle pour les travailleurs frontaliers en ce début d’année. Au vu de la dégradation de la situation sanitaire, l’accord amiable entre la France et la Suisse conclu le 13 mai 2020 sur le télétravail au domicile a été prolongé jusqu’au 30 juin 2022. Ce qui signifie, entre autres, que leur régime d’imposition ne sera pas modifié. Voilà qui les rassure : beaucoup craignaient des conséquences fâcheuses pour leur situation en matière fiscale.

Autre satisfaction : tandis qu’ils demeurent parfois la cible de propos négatifs, voire xénophobes, la récente parution de l’ouvrage Étrangers familiers. Les travailleurs frontaliers en Suisse (éditions L’Harmattan) rappelle qu’ils occupent une place cruciale dans le paysage économique et social de la Suisse.

340 000 travailleurs frontaliers

Ce livre rassemble les travaux de sociologues, économistes et anthropologues. “Étrangers familiers parce qu’ils vivent dans un autre pays mais passent leur journée chez nous pour travailler mais aussi consommer, se distraire. C’est une population que l’on côtoie au quotidien mais qui reste méconnue”, avance Claudio Bolzman, l’un des coauteurs, docteur en sociologie à l’Université de Genève et professeur honoraire à la Haute École spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO).

Le nombre de ces actifs est sans cesse croissant sur l’ensemble de la Suisse. Ils étaient 140 000 au milieu des années 1990, ils sont aujourd’hui 340 000 (chiffres de l’Office fédéral de la statistique). En 1958, on en comptait à peine 1 000 à Genève, 5 900 à Bâle et 9 800 au Tessin. En dépit de l’entrée en vigueur, en 2018, de la préférence indigène suite à l’adoption de l’initiative contre l’immigration de masse, la mesure n’a pas freiné l’augmentation de leur nombre dans les cantons les plus concernés, “car les seuls résidents ne peuvent répondre à la demande soutenue de main-d’œuvre”, précise Isabelle Pigeron-Piroth, chercheuse de l’Université du Luxembourg, coauteure du livre.

Illustration aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) où 40 % des 12 000 collaborateurs et 60 % du personnel infirmier habitent en France. La majeure partie de ces travailleurs (58 %) a entre 30 et 49 ans. Près d’un tiers (35,8 %) sont des femmes. Principal secteur d’activité : l’industrie manufacturière, essentiellement l’horlogerie, l’informatique et l’électronique. Viennent ensuite le commerce/réparation, la santé humaine et l’action sociale. Le secteur de la santé attire une frontalière sur cinq. Ces titulaires du permis G viennent de France (54,8 %), Italie (23,2 %), Allemagne (18,6 %), Autriche (2,6 %) et Liechtenstein (0,2 %).

Genève, premier canton pour les frontaliers

Genève est le principal canton de travail des frontaliers (ils sont 92 000). Ils y représentent 27 % des emplois. Ils ont été multipliés par plus de trois sur les vingt dernières années. “Cela s’explique par un dynamisme d’emploi concentrant beaucoup d’activités tertiaires et internationales”, pointe Isabelle Pigeron-Piroth. Si Genève possède un PIB par habitant plus élevé que dans l’ensemble de la Suisse, son taux de chômage suit une courbe semblable (4,4 % contre 2,6 % pour le pays). Ce qui pousse certains partis politiques à établir un parallèle entre chômage et forte présence de frontaliers. “Pourtant, il n’existe pas de preuve empirique solide validant l’idée d’une substitution entre les locaux et les frontaliers. Il y aurait plutôt un effet répulsif du taux de chômage local sur les effectifs des frontaliers”, avance la chercheuse.

Quand l’économie genevoise tourne moins bien, les actifs transfrontaliers sont les premiers touchés. Pôle Emploi Haute-Savoie corrobore cela : le chômage des frontaliers a connu une hausse de 13 % en 2020 à cause de la crise sanitaire. Si, à proximité de Genève, les pourcentages de frontaliers sont très élevés (à Veigy, 71 % des actifs travaillent en Suisse, 66 % à Collonges-sous-Salève), un nombre croissant vient de plus en plus loin. Exemple : 4 500 sont originaires d’Annecy et alentours. Certains sont issus de régions encore plus éloignées. Ce qui soulève la question du vrai ou faux frontalier.

On reproche à ces derniers la méconnaissance de la culture locale suisse et ils seraient responsables des tensions avec l’autochtone. David Talerman, spécialiste des questions juridiques relatives au travail frontalier, indique : “Les anti-frontaliers dénoncent les frontaliers qui dénoncent eux-mêmes ces pseudo-frontaliers, chacun accusant l’autre minorité de piquer les emplois.” Les “vrais” frontaliers, des natifs en quelque sorte, se targuent de connaître le mode de vie suisse au point d’en être influencés. Des recherches sociologiques reprises par les auteurs indiquent que le frontalier élargit de plus en plus son réseau social sur le territoire de l’État qui l’emploie (collègues de travail, par exemple). Dans le cadre de ce réseau, il s’investit dans de nouvelles pratiques (loisirs, sports, syndicats, associations). Il deviendrait transfrontalier dans d’autres domaines que le seul exercice professionnel : passer à nouveau la douane le soir pour souper chez des amis, jouer au hockey ou aller au théâtre.

Se faire payer au juste prix

S’agissant du dumping salarial, il y a désormais plus de vigilance. Les syndicats insistent sur la nécessité de protéger tous les travailleurs, y compris les frontaliers. De son côté, le Groupement transfrontalier européen basé à Annemasse organise des formations afin de sensibiliser les candidats frontaliers pour qu’ils se positionnent au juste prix quand ils négocient leur salaire. “Il y a de manière générale moins de dumping, sauf peut-être dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration car les employés sont peu syndiqués et surtout des femmes”, observe Claudio Bolzman.

• À lire : Étrangers familiers. les travailleurs frontaliers en Suisse : conceptualisation, emploi, quotidien et pratiques. Sous la direction de Claudio Bolzman, Isabelle Pigeron-Piroth et Cédric Duchène-Lacroix. Editions L’Harmattan.

Christian Lecomte

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