quand tout change (surtout pour les femmes)

Quand elles partent vivre à l’étranger, les femmes sont souvent confrontées à des difficultés particulières, comme le sexisme, dans certains secteurs, ou l’isolement lié à la maternité. Mais cela peut être l’occasion de rebondir et de changer de voie professionnelle.

Partir vivre à l’étranger signifie souvent prendre un nouveau poste, suivre une nouvelle formation… Parfois, cela implique même de changer de voie professionnelle et de remettre en question ses choix. C’est particulièrement le cas pour les femmes, quand elles sont confrontées au sexisme existant dans certains secteurs, qu’elles se retrouvent en position de “conjoint suiveur” ou qu’elles ont des enfants.

À lire aussi : Partir. Un expatrié sur deux est une femme

De nombreuses lectrices nous ont écrit pour raconter leur parcours et leur réorientation professionnelle. Parmi elles, Sandrine, qui vit en Espagne depuis 1997. Elle se souvient être “arrivée en train à Malaga avec deux valises” à l’âge de 27 ans. À l’époque, elle travaillait dans la restauration et “c’était très facile de trouver du travail” :

Ma vie était la suivante : travailler, faire la fête, rencontrer pleins de gens, faire du tourisme. Franchement, loin de la France, je me sentais bien. Dix ans plus tard, je me suis rendu compte que la vie que je menais ne m’intéressait plus, ni mon travail comme chef de rang. Les femmes n’étaient pas assez considérées, et je ressentais assez souvent du machisme au boulot, aussi bien du côté relationnel qu’au niveau du salaire. J’ai donc décidé de partir de Marbella [où je vivais alors], et j’ai envisagé de revenir en France. Mais avant cela, j’avais choisi de faire une formation de réceptionniste online pour me reconvertir. Finalement, j’ai décidé de m’arrêter à Barcelone, et là une autre aventure a commencé. Je me disais qu’avec ma formation, mon expérience professionnelle et mes quatre langues je trouverais du travail assez facilement.”

Cela ne s’est pas avéré si facile. Sandrine a fini par accepter un emploi à l’aéroport dans un autre secteur pour subvenir à ses besoins, même si les horaires décalés ne lui convenaient pas du tout. Heureusement, elle a ensuite décroché un poste dans une société de réservations de chambres d’hôtel, comme elle le souhaitait. “Je découvrais la vie barcelonaise, j’adorais ! Le métro, le côté mer, le côté montagne, les Catalans et le catalan ! Cela n’a pas été qu’une partie de plaisir, mais je me suis adaptée ! Barcelone, c’est la vie !” se souvient-elle avec émotion. Sur le plan professionnel, Sandrine a effectué une seconde reconversion en 2018 et enseigne désormais le français dans des entreprises. Aujourd’hui se pose à nouveau la question du changement : “Actuellement, j’adorerais revenir en France, mais après vingt-cinq ans en Espagne, c’est très compliqué de prendre la décision du retour.”

Monter son entreprise à l’étranger

Le cas de Pauline est assez différent. Elle a rencontré son mari, australien, à Bordeaux, où ils ont vécu le temps qu’elle finisse les beaux-arts. Elle l’a ensuite suivi en Australie, dans une petite ville du comté de Surf Coast. Le changement était important :

Pour moi, venant de la ville et de la culture, cela a été un choc. J’ai dû me réinventer, enchaînant des petits boulots complètement différents (prof de français, guide équestre, serveuse). Avec le soutien de ma nouvelle communauté, je me suis lancée dans la pâtisserie, et j’ai monté mon business. Je n’aurais jamais pensé suivre cette voie et encore moins connaître une aventure entrepreneuriale. À la suite de la naissance de mon premier enfant, pendant le Covid-19, face à l’éloignement de ma famille et au manque de soutien, je me suis encore reconvertie, pour maintenant devenir doula et lancer un business de soins pour la peau pour bébés et mamans. Je vis maintenant au rythme des vagues. Il y a encore six ans j’étais à mille lieues de cela.”

À lire aussi : Interview. “Les conjoints d’expats ne veulent plus sacrifier leur carrière !”

Mélanie aussi a suivi son mari et a changé de voie. Canadienne originaire de Québec et designeuse industrielle de formation, elle s’est retrouvée en Californie en 2012, inscrite sur le visa de travail de son conjoint.

Aux États-Unis, je suis devenue, comme on dit dans le jargon, une ‘trailing spouse’ [‘conjointe suiveuse’]. Impossible d’obtenir un numéro de sécurité sociale, et donc d’ouvrir un compte en banque ou d’ouvrir une ligne de téléphone portable à mon nom, etc., sans être accompagnée de mon mari (nous avons dû nous marier pour aller vivre en Californie) pour qu’il autorise mes démarches. Je me suis sentie propulsée en 1950… J’ai cherché un emploi dans mon domaine pour pouvoir obtenir mon propre visa de travail, mais, dans la région où nous sommes, il n’y en a pas pour moi à moins de trois heures de route. Je me suis donc retrouvée maman à la maison à temps plein, sans soutien familial et sans amis locaux.”

En 2016, Mélanie obtient son statut de résidente permanente. Elle reprend alors ses activités professionnelles et, forte d’une première expérience de création d’entreprise au Canada, décide d’en monter une nouvelle aux États-Unis. Malgré cela, elle remarque qu’elle n’a “jamais retrouvé [son] identité professionnelle, ni [son] indépendance financière”. Tout n’est cependant pas négatif :

En revanche, je me suis enrichie d’expériences, de découvertes, et j’explore en ce moment une nouvelle carrière de photographe et de storyteller. Je ne suis pas où je pensais être dans ma vie, mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il y a un côté libérateur à être déracinée et à perdre ses repères. C’est une chance de vivre de nouvelles aventures et de se redéfinir…”

Vous aussi avez changé de voie professionnelle à l’étranger ? Vous avez créé votre entreprise ? Racontez-nous votre expérience en nous écrivant à [email protected], et nous publierons votre témoignage.

Ingrid Therwath

Source

Lancé en avril 2016 et destiné aux expatriés français et aux candidats à l’expatriation, Courrier Expat offre des informations puisées dans la presse internationale sur l’environnement professionnel et personnel des Français de l’étranger, sur le

[…]

Lire la suite

“Mon premier travail : guide sur un bateau de croisière”

À 19 ans, avec le bac et une courte formation chez le tourisme en poche, Antonia Heidekrüger s’est embarquée comme guide sur un bateau lesquels lui a permis de flétrir les Caraïbes. Oseriez-vous faire comme elle ?

Quentin Tarantino achète le Vista Theatre, un cinéma emblématique de Los Angeles

Quentin Tarantino Encore une nouvelle action pour le réalisateur !...

Colin Farrell et Rachel Weisz dans une relecture du mythe œdipien de Todd Solondz

Colin Farrell et Rachel Weisz – The Lobster Après The...

À Hong Kong, pas de sortie de crise en vue avant 2024

Restrictions de voyage et quarantaines resteront au programme à...