Guinée-Bissau : confusion après une «tentative de coup d’Etat», situation «sous contrôle» dit le président

« La situation est sous contrôle gouvernemental. » Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, s’est exprimé sur Twitter ce mardi soir, après qu’une fusillade nourrie a été entendue près du siège du gouvernement dans la capitale. « Je vais bien Alhamdoulillah » (Dieu merci), a-t-il écrit. « Les assaillants auraient pu me parler avant ces événements sanglants ayant fait plusieurs blessés graves et des morts », a-t-il ensuite dit à la presse. Il n’a pas désigné clairement les auteurs du coup de force, mais l’a attribué aux « décisions (qu’il a) prises, notamment la lutte contre le narcotrafic et la corruption ».

Je vais bien Alhamdoulillah. La situation est sous contrôle gouvernemental. Je remercie la population de Guinée Bissau et toutes les personnes au delà de notre pays qui se sont inquiétées pour mon gouvernement et moi. Vive la République et que Dieu veille sur la Guinée-Bissau.

— Umaro Sissoco Embaló (@USEmbalo) February 1, 2022

La capitale de la Guinée-Bissau, petit pays pauvre à l’histoire politique troublée, a été le théâtre ce mardi du dernier en date d’une série de coups de force en Afrique de l’Ouest en moins de deux ans. Selon différents témoignages, des hommes en armes sont entrés en début d’après-midi dans le complexe du palais du gouvernement, qui abrite les différents ministères en périphérie de la capitale, près de l’aéroport, et où devait se tenir un Conseil des ministres extraordinaire en présence du président et du Premier ministre Nuno Gomes Nabiam. Des témoignages ont présenté ces hommes comme des militaires, d’autres comme des civils.

Des tirs nourris ont ensuite été entendus une bonne partie de l’après-midi. Les alentours du palais ont été en proie à des mouvements d’habitants fuyant les lieux. Des hommes lourdement armés ont encerclé le complexe, où le président et les ministres étaient présumés bloqués, sans qu’on sache si ces hommes étaient des mutins ou des forces loyales au pouvoir.

« C’était la grosse panique »

Une Française de 36 ans vivant en Guinée-Bissau a raconté être allée chercher en toute hâte ses deux enfants dans une école proche du palais du gouvernement après avoir été informée inopinément de la fermeture de toutes les écoles. Son mari, travaillant dans une banque, a reçu lui aussi la consigne de rentrer chez lui. Au moment où elle passait devant le palais, elle a vu des soldats en armes y entrer. « Ils ont fait sortir le personnel féminin. C’était la grosse panique », a-t-elle relaté.

Ce qui s’est ensuite passé à l’intérieur du palais et l’identité des auteurs du coup de force restent indéterminés. Aucun bilan fiable d’éventuelles victimes n’a été communiqué. Un large cordon sécuritaire a été mis en place autour du palais, tenant les journalistes et les curieux à distance.

Avant le message du président, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait condamné « cette tentative de coup d’Etat et (tenir) les militaires responsables de l’intégrité physique du président Umaro Sissoco Embalo et des membres de son gouvernement ». Même son de cloche à l’Union africaine, dont le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, a dit suivre « avec grande inquiétude la situation en Guinée-Bissau, marquée par une tentative de coup d’Etat ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait réclamé plus tôt « l’arrêt immédiat » des combats à Bissau et « le plein respect des institutions démocratiques du pays ».

Putschs et corruption

La Guinée-Bissau, petit pays d’environ deux millions d’habitants frontalier du Sénégal et de la Guinée, est abonnée aux coups de force politique. Depuis son indépendance du Portugal en 1974 après une longue guerre de libération, elle a connu quatre putschs (le dernier en 2012), une kyrielle de tentatives de coup d’Etat et une valse des gouvernements. Depuis 2014, elle s’est engagée vers un retour à l’ordre constitutionnel, ce qui ne l’a pas préservée de turbulences à répétition, mais sans violence. Le pays pâtit d’une corruption endémique. Il passe aussi pour une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Les forces armées jouent un rôle prééminent.

Umaro Sissoco Embalo, un ancien général, est le chef de l’Etat, à la suite d’une présidentielle au résultat toujours contesté par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC), formation dominante depuis l’indépendance. Âgé de 49 ans, il avait forcé son destin en février 2020 en mettant l’écharpe de président et en s’installant au palais présidentiel, malgré la persistance de la contestation. Au cours des derniers mois, il était à couteaux tirés avec le Premier ministre et la menace d’un limogeage de ce dernier et d’une dissolution du parlement planait constamment sur la vie politique nationale.

Ces évènements évoquent immanquablement les putschs en série qui agitent l’Afrique de l’Ouest depuis 2020 : au Mali en août de cette année-là et à nouveau en mai 2021, en Guinée en septembre 2021 et au Burkina Faso en janvier de cette année. La situation dans ces différents pays devait être discutée cette semaine lors d’un sommet de la Cédéao.

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