Syrie : Daech a utilisé une arme chimique dans un bombardement en 2015

La seule évocation de son nom fait froid dans le dos : l’agent moutarde est une arme chimique connue depuis la Première Guerre mondiale. Et tout porte à croire que Daech en a fait usage en 2015. Le lieu : Marea, une localité syrienne frontalière de la Turquie alors tenue par les rebelles. La ville avait été attaquée les 1er et 3 septembre de cette année-là à partir d’une région aux mains de l’EI, a déclaré l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). « La localité de Marea a été bombardée avec des munitions conventionnelles ainsi que des projectiles remplis de produits chimiques », a déclaré l’organisation dans un communiqué, sur la base de sa mission d’enquête sur les attaques chimiques en Syrie.

Les enquêteurs ont dit avoir des « motifs raisonnables » de croire que le 1er septembre, à Marea, un agent moutarde, un agent vésicant, avait été utilisé comme arme. Aux alentours de midi ce jour-là, « plus de 30 projectiles ont visé des zones d’habitation de Marea à partir des localités environnantes sous le contrôle de l’EIIL », ont affirmé les enquêteurs, utilisant un autre acronyme pour désigner l’EI.

« Les personnes exposées aux substances ont eu des cloques quelques heures après l’exposition »

Environ la moitié de ces projectiles auraient été remplis de produits chimiques toxiques et dégageaient une forte odeur. « Dans certains des endroits ciblés, une substance noire a été constatée et, dans d’autres, une poudre jaune a été observée », a déclaré la mission d’enquête. « Les personnes exposées aux substances ont eu des cloques quelques heures après l’exposition » à ces produits, a-t-elle ajouté, soulignant que 20 personnes avaient souffert de suffocation, de rougeurs aux yeux et de maux de tête et avaient été transportées dans un hôpital de campagne à Marea.

Les résultats de l’attaque du 3 septembre n’ont cependant pas été concluants, a déclaré l’OIAC, qui a son siège à La Haye. L’OIAC avait déclaré en 2015 que du gaz moutarde avait été utilisé en Syrie le 21 août, estimant qu’il était « très probable » que les effets de cette arme chimique aient provoqué la mort d’un enfant. Le groupe État Islamique (EI) avait été montré du doigt par des militants syriens et un groupe de surveillance. La guerre en Syrie a provoqué la mort de plus d’un demi-million de personnes et le plus grand déplacement issu d’un conflit depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le régime du président Bachar al-Assad a également été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques pendant les affrontements, ce que dément Damas. La Syrie est mise sous pression par les pays occidentaux pour qu’elle avoue l’utilisation présumée d’armes chimiques et a été privée de son droit de vote à l’OIAC en avril de l’année dernière après qu’une enquête l’a incriminée dans de nouvelles attaques au gaz toxique.