«Party gate» au Royaume-Uni : un rapport dénonce des «erreurs de leadership» à Downing Street

C’est le dossier – sans doute épais – le plus scruté du Royaume-Uni. Le rapport sur les pots de départ, garden-parties et autres fêtes organisés au 10 Downing Street en pleine crise sanitaire est arrivé jusqu’au bureau de Boris Johnson et a été rendu public ce lundi. Le Premier ministre britannique, principal protagoniste de ce scandale, doit prendre la parole ce lundi après-midi devant les députés.

Il y a eu des « erreurs de leadership et de jugement » au sein de Downing Street, a dénoncé ce lundi la haute fonctionnaire Sue Gray dans ce rapport interne sur le scandale des fêtes à la résidence du Premier ministre britannique durant le confinement. « Il y a eu des échecs de leadership et de jugement de la part de différentes parties de Downing Street et du Cabinet Office à des moments différents », a conclu Sue Gray, dont le rapport a été remis au Premier ministre Boris Johnson dans la matinée.

Elle dénonce notamment une « consommation excessive d’alcool » qui « n’est pas appropriée dans un cadre professionnel » et souligne que le jardin de la résidence du Premier ministre a été utilisé pour « des rassemblements sans autorisation claire ou surveillance », ce qui « n’était pas approprié ».

Le rapport couvre une période de vingt mois. Sue Gray s’est penchée sur 16 événements, dont 12 font l’objet d’une enquête de police, parmi lesquels un rassemblement dans l’appartement de Downing Street et un autre à l’occasion de l’anniversaire de Boris Johnson en juin 2020. « Plusieurs de ces rassemblements n’auraient pas dû être autorisés tels qu’ils l’ont été. Des enseignements peuvent être tirés de ces événements qui doivent être immédiatement adressés au gouvernement. Il n’est nul besoin d’attendre le résultat de l’enquête de police pour tirer les conclusions adéquates », indique le rapport.

« Le rapport complet et final » pourrait se faire attendre

La publication de ce rapport, initialement prévue la semaine précédente, a tardé. Ce délai pourrait être dû à un travail de relecture méticuleux : la police ayant également ouvert une enquête, et demandé que le rapport de la haute fonctionnaire Sue Gray ne comprenne pas d’éléments compromettant cette enquête. Une chose est sûre, cette dernière « a fait le point sur son enquête auprès du Premier ministre », a commenté, dans un communiqué laconique publié ce lundi, un porte-parole du Cabinet Office, agence interministérielle dont sont issus les travaux.

Downing Street s’était engagé à publier le rapport avant que Boris Johnson ne fasse une déclaration à la Chambre des Communes. Celle-ci interviendra ce lundi à 15h30 (16h30, heure de Paris), selon l’ordre du jour de la chambre basse du Parlement. Sky News affirme toutefois que le document remis lundi à Boris Johnson ne constitue pas « le rapport complet et final », laissant entendre que celui-ci pourrait l’être une fois l’enquête de la police terminée.

Faisant craindre la publication d’une version édulcorée, la police britannique avait provoqué l’indignation vendredi en demandant que ce rapport interne soit expurgé d’éléments clés afin de ne pas nuire à ses propres investigations sur plusieurs de ces fêtes, potentiellement les plus dommageables pour Boris Johnson. Les partis de l’opposition réclament sa publication dans son intégralité.

Ces fêtes ont choqué au Royaume-Uni, qui était alors soumis à de stricts confinements, et plongé Boris Johnson dans une grave crise menaçant son maintien à son poste, les appels à la démission s’étant multipliés jusque dans la majorité conservatrice. Beaucoup de députés de son camp attendent la publication du rapport interne pour décider de tenter de l’évincer ou non par le biais d’un vote de défiance.

Johnson maintient « absolument » sa version des faits

Disant comprendre la colère du public, Boris Johnson avait présenté des excuses pour ses « mauvais jugements », mais il s’est défendu d’avoir enfreint les règles, affirmant notamment avoir pensé qu’une fête où il s’était brièvement rendu en mai 2020 était un « événement de travail ». « Nous allons devoir attendre et voir le résultat des investigations, mais bien sûr, je maintiens absolument ce que j’ai dit dans le passé, a-t-il déclaré lundi, interrogé à la télévision en marge d’une visite dans le sud-est de l’Angleterre.

Pour faire oublier les scandales, le dirigeant de 57 ans a lancé une contre-offensive, annonçant lundi un projet de loi intitulé « libertés du Brexit ». Celui-ci vise à faciliter le processus déjà en cours pour modifier ou abandonner et remplacer les lois héritées de l’Union européenne.

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