Au Canada, la découverte de 93 «potentielles sépultures humaines» ravive le scandale des pensionnats autochtones

« Les nouvelles d’aujourd’hui en provenance de la Première Nation de Williams Lake font ressurgir de nombreuses émotions pénibles. » Les mots du Premier ministre canadien Justin Trudeau laissent entrevoir l’émotion et la gêne d’un pays. Mardi, une communauté autochtone de l’ouest du Canada a rouvert le dossier sur les pensionnats autochtones qui avait secoué le pays au printemps dernier, en rendant public le résultat de ses recherches : 93 « potentielles » tombes découvertes sur le site d’un ancien pensionnat.

Ces recherches préliminaires ont été menées à l’aide de géo-radars et ont permis d’identifier ce qui pourrait être de « potentielles sépultures humaines », a indiqué la Première nation de Williams Lake en Colombie-Britannique (ouest), dans un communiqué. Elles ont été effectuées sur un périmètre d’environ 14 ha, parmi les 480 que compte le site de l’ancien pensionnat St. Joseph’s Mission, situé à environ 300 km au nord de Kamloops où avaient été retrouvés les restes de 215 enfants fin mai.

« Il y a encore beaucoup de travail »

L’institution a accueilli des milliers d’enfants entre 1886 et ce, jusqu’à sa fermeture, en 1981. Elle était gérée « par diverses sectes religieuses », et principalement par des missionnaires catholiques sur ordre du gouvernement canadien, explique la communauté autochtone qui compte environ 800 membres. « Il y a encore beaucoup de travail à faire sur le site de St Joseph et nous avons l’intention de le poursuivre », a assuré son chef, Willie Sellars.

Les nouvelles d’aujourd’hui en provenance de la Première Nation de Williams Lake font ressurgir de nombreuses émotions pénibles. Mon cœur se brise pour les membres de la communauté et pour ceux dont les proches ne sont jamais revenus à la maison.

— Justin Trudeau (@JustinTrudeau) January 26, 2022

Début janvier, Ottawa a annoncé un financement de 1,9 million de dollars canadiens (1,3 million d’euros) pour contribuer à l’enquête de la Première nation de Williams Lake sur cet ancien pensionnat. « À ce jour, 116,8 millions de dollars ont été engagés pour aider les survivants des Premières Nations, des Inuits et des Métis, leurs familles et leurs communautés à localiser et à commémorer les enfants disparus qui ont fréquenté les pensionnats », précisait le gouvernement canadien dans un communiqué.

Au total, plus d’un millier de tombes anonymes ont été retrouvées depuis mai sur les sites d’anciens pensionnats. Et de nombreuses recherches sont en cours dans tout le pays – entre 4 000 et 6 000 élèves auraient disparu, selon les autorités.

Entre la fin du XIXe siècle et les années 1990, quelque 150 000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans plus de 130 pensionnats à travers le pays où ils ont été coupés de leurs familles, de leur langue et de leur culture. Une commission nationale d’enquête avait qualifié ce système de « génocide culturel ».

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