Quand la pandémie combat la fuite des cerveaux

La crise sanitaire et le télétravail ont rebattu les cartes de la mobilité en Europe. Le quotidien espagnol La Vanguardia évoque même une “fuite des cerveaux à l’envers” qui pourrait concerner quelque 3 millions de professionnels expatriés tentés par le retour au pays.

En 2018, sur trois professionnels du numérique formés en Europe, deux étaient prêts à partir travailler à l’étranger. Aujourd’hui, le pourcentage est tombé à 55 % à cause de la crise sanitaire, explique La Vanguardia, qui s’appuie notamment sur l’étude du Boston Consulting Group “Decoding the Digital Talent Challenge” (“comprendre le défi des talents numériques”) pour diagnostiquer un “changement culturel postpandémique” :

L’une des nouveautés apparue avec la crise du Covid, c’est que les cols blancs qui vivaient hors des frontières de leur pays envisagent désormais de retourner chez eux tout en continuant à travailler à distance pour une entreprise étrangère.”

Émergence de travailleurs “transnationaux”

C’est ce que montrent plusieurs études récentes sur la mobilité professionnelle en Europe. D’une part, le dernier “Classement mondial des talents” établi par l’IMD Business School de Lausanne montre que les pays européens n’ont pas perdu leur attractivité : dix d’entre eux, de la Suède à l’Allemagne en passant par le Luxembourg, la Norvège ou les Pays-Bas occupent les premières places de ce classement sur la motivation des employés – devant Hong Kong, Singapour, les États-Unis ou le Canada. “S’il y a une fuite des cerveaux, elle a lieu aujourd’hui des pays émergents vers les pays occidentaux”, analyse La Vanguardia.

D’autre part, on assiste dans la plupart des pays européens à l’émergence de travailleurs potentiellement “transnationaux”, selon la terminologie utilisée par le Center for Economic Studies et l’Institut Ifo de Munich dans leur rapport “Working from home” :

Nos recherches indiquent que le Royaume-Uni, la France, la Suisse et l’Allemagne comptent chacun un demi-million de migrants qualifiés qui pourraient désormais effectuer leur travail dans leur pays d’origine, des pays européens pour la plupart.”

Dans la plupart des secteurs d’activité, il apparaît que seulement la moitié des professionnels européens seraient prêts aujourd’hui à se laisser tenter par une carrière à l’étranger. Et les restrictions de voyage dues à la crise sanitaire, qui durent depuis près de deux ans, vont renforcer la tendance.

Le Covid pourrait donc entraîner une fuite des cerveaux “à l’envers” de 3 millions de travailleurs expatriés qui songent à retourner chez eux, si ce n’est déjà fait. “Les pays d’origine récupéreraient ainsi le capital humain qu’ils ont perdu au cours des années précédentes, ce qui pourrait se traduire dans ces pays par un boom de la consommation et des investissements.”

C’est la “dernière leçon” du coronavirus, selon le quotidien espagnol : “À présent, les talents rentrent chez eux. Ou bien choisissent d’y rester.”

Source

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