Ottawa reconnaît avoir sciemment ralenti le traitement des dossiers d’immigration

Alors que de nombreux professionnels étrangers se plaignent d’importants délais avant d’obtenir leur résidence permanente au Québec, Ottawa reconnaît avoir délibérément “fait une pause” dans le traitement des demandes.

Le gouvernement de Justin Trudeau a finalement reconnu “avoir volontairement ralenti le traitement des dossiers de travailleurs qualifiés” désireux d’immigrer au Québec, rapporte Radio-Canada. Cette pause a été décidée en 2019. Pour la justifier, les autorités évoquent “un important inventaire de demandes, alors que Québec avait, dans le même temps, réduit ses cibles d’admission”.

Pour immigrer au Québec, les professionnels qualifiés doivent d’abord obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ), mais c’est le gouvernement fédéral qui octroie la résidence permanente en fonction des seuils d’admission fixés par le Québec. Alex Cohen, porte-parole du ministre de l’Immigration Marco Mendicino, a précisé à Radio-Canada qu’il y a deux ans,

dans un souci de saine gestion, [le ministère] a priorisé l’inventaire des demandes existantes avant de traiter les nouvelles demandes.”

Au Québec, vingt-sept mois d’attente en moyenne

Cet aveu survient alors que, “depuis des mois, les gouvernements fédéral et québécois se renvoient la balle au sujet des délais d’immigration, en laissant des questions sans réponses ou en s’accusant mutuellement”, écrit Radio-Canada. Alors que dans le reste du pays le délai de traitement des demandes pour obtenir une résidence permanente est d’environ six mois, au Québec, les travailleurs qualifiés doivent attendre en moyenne vingt-sept mois.

De nombreux travailleurs étrangers, dont des expatriés français, se plaignent depuis un certain temps auprès de médias, dont Radio-Canada, et sur Facebook de ces délais, au point d’envisager de quitter le Québec qui a pourtant désespérément besoin de main-d’œuvre qualifiée pour combler de nombreux postes vacants.

Ottawa pressé de s’excuser et d’agir

“La vérité éclate : le gouvernement admet enfin sa part de responsabilités”, selon le député de l’opposition du Nouveau Parti démocratique Alexandre Boulerice, qui réclame des excuses au nom de tous les travailleurs étrangers laissés “dans le noir pendant des mois”.

Contacté par Radio-Canada, le président de l’Association québécoise des avocats et avocates en immigration assure que la situation a eu un impact important sur ces travailleurs :

Ça a causé des angoisses immenses et ça continue à en causer. Laisser des gens sans savoir où est leur dossier, c’est très problématique.”

La ministre québécoise de l’Immigration, Nadine Girault, s’était insurgée contre la situation le 4 mai : “C’est inacceptable que ces délais soient si longs !” Elle dit avoir demandé aux autorités fédérales canadiennes d’accorder une priorité aux demandes des travailleurs qualifiés déjà sur le sol québécois.

Martin Gauthier

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