Guerre en Ukraine : chronologie d’une invasion

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Les images sont glaçantes. Des bâtiments bombardés à Kiev, Kharkiv et dans les grandes villes du pays, des chars russes qui fendent la campagne ukrainienne, des milliers d’Ukrainiens en exode : la guerre en Ukraine secoue le monde depuis le 24 février et le début de l’invasion russe ordonnée par Vladimir Poutine.

Novembre 2021 : les activités militaires russes inquiètent l’Occident

Et si la Russie envahissait l’Ukraine ? Début novembre, l’idée d’une guerre aux portes de l’Europe commence à imprégner les esprits occidentaux. Antony Blinken et Jean-Yves Le Drian, les chefs de la diplomatie américaine et française, s’entretiennent à ce sujet le 13 novembre. Et s’inquiètent d’une « inquiétante activité militaire russe » à la frontière russo-ukrainienne.

En cause : le déploiement de plusieurs dizaines de milliers de militaires aux portes de l’Ukraine. Cette alerte lance un long chapitre diplomatique de plusieurs mois, entre les alertes répétées des Américains, les négociations de Poutine avec les dirigeants du monde dont Emmanuel Macron et le début des évacuations en Ukraine. Jusqu’au début des affrontements.

24 février : début de l’invasion russe

5h48, Moscou. Vladimir Poutine, assis derrière son bureau en bois, annonce lors d’une allocution à la télévision le début de l’invasion russe. « J’ai pris la décision d’une opération militaire spéciale », dit-il froidement. Les mots sont forts, le débit rapide et le visage grave. Il dénonce la « dénazification de l’Ukraine » et le « génocide » orchestré par le pouvoir ukrainien contre les séparatistes prorusses dans le Donbass, à l’est du pays.

L’intervention du chef du Kremlin intervient trois jours après sa reconnaissance des républiques séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk. Elle signe le début de la guerre en Ukraine et les premiers bombardements. Kiev, Marioupol, Donetsk, Kharkiv, Odessa : les principales villes du pays se réveillent sous le feu des explosions. Pendant que l’effroi gagne l’Ukraine et le monde, les convois de troupes russes pénètrent dans le pays depuis le nord, l’est et la Crimée annexée.

Les premières images montrent un immeuble résidentiel bombardé à Tchouhouïv, des combats autour de l’aéroport de Gostomel et des blindés déployés dans la rue. La Russie annonce avoir pris le contrôle de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dont l’explosion d’un réacteur en 1986 avait provoqué la pire catastrophe nucléaire de l’histoire. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky appelle les Ukrainiens à prendre les armes.

26 février : Kiev sous couvre-feu, la Russie intensifie son offensive

Troisième jour de guerre. Les violents combats se poursuivent mais l’Ukraine ne rompt pas, à l’image de la capitale Kiev. Les forces ukrainiennes affirment avoir repoussé une attaque de militaires russes sur l’une des principales artères de la capitale, qui est placée sous couvre-feu total pour le week-end.

L’armée russe reçoit de son côté l’ordre d’élargir son offensive sur l’Ukraine malgré les mises en garde occidentales. Selon le pouvoir ukrainien, 198 civils ont été tués en moins de trois jours, alors que Moscou ne communique aucun chiffre.

27 février : Vladimir Poutine brandit la menace nucléaire

Déjà quatre jours que la guerre est devenue le quotidien des Ukrainiens. À Kiev, la capitale assiégée et sous couvre-feu total résiste et se prépare à l’assaut. L’armée s’organise, des barricades poussent aux quatre coins de la ville et les premières traces de la guerre émergent : ici des véhicules russes calcinés, là un immeuble éventré après une frappe de missile. À Kharkiv, où les combats font rage, le gouverneur local assure qu’une « élimination des ennemis » est en cours.

Face aux combats qui durent, Vladimir Poutine brandit la menace nucléaire. Au milieu de l’après-midi, le président russe « ordonne au ministre de la Défense et au chef d’état-major de mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte au combat ».

L’annonce du chef du Kremlin, filmé face caméra devant ses conseillers dans une mise en scène glaçante, plonge le monde dans la peur. Vladimir Poutine peut-il avoir recours à l’arme atomique ? La communauté internationale s’insurge.

28 février : début des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine

Les délégations ukrainienne et russe se retrouvent dans l’une des résidences du président biélorusse Alexandre Loukachenko. Les échanges ne donnent rien, mais les deux camps promettent de se revoir rapidement pour un « deuxième round ». À Paris, Emmanuel Macron échange par téléphone avec Vladimir Poutine, qui confirme au président français « sa volonté » d’éviter les frappes contre les civils, selon l’Élysée. Il réclame également la reconnaissance de la Crimée, annexée par la Russie en 2014.

Dans le même temps, des bombardements russes font au moins onze morts à Kharkiv, deuxième ville de l’Ukraine située à l’est du pays. Le président Zelensky, dans un message vidéo, exhorte lui l’Union européenne à intégrer « sans délai » l’Ukraine.

VIDÉO. L’Ukraine demande son intégration « sans délai » dans l’Union européenne

1er mars : les bombardements s’intensifient à Kiev et Kharkiv

Kharkiv se réveille sous les bombardements, au lendemain des premiers pourparlers entre la Russie et l’Ukraine en Biélorussie. À 8 heures, un missile s’abat sur la place centrale, où se trouve le siège de l’administration locale. Bilan : au moins dix morts. Volodymyr Zelensky dénonce « un crime de guerre » lors d’une prise de parole devant le Parlement européen. Kherson, une ville de 300 000 habitants au sud du pays, trouve à ses portes les troupes de Vladimir Poutine, qui annonceront avoir pris la ville le lendemain. À Marioupol, une offensive russe prive les habitants d’électricité.

À Kiev, un tir de missile touche la tour de télévision de Kiev. Cinq personnes y trouvent la mort et la diffusion des chaînes de télévision est interrompue. La menace terrestre elle se rapproche, mais la capitale tient toujours. Une photo satellite captée par la société américaine Maxar montre un immense convoi militaire, dont la tête se trouve à moins de 30 km de Kiev.

3 mars : une frappe russe tue 47 personnes à Tcherniguiv

Bâtiments éventrés, corps transportés par les secours, épais nuage de fumée, les images sont choquantes. Une frappe russe tue au moins 47 personnes à Tcherniguiv, une ville à 150 km au nord de Kiev. Selon le gouverneur local, l’aviation russe a touché des habitations mais aussi « deux écoles du quartier de Stara Podsoudovka ». Ce drame intervient au moment des seconds pourparlers entre la Russie et l’Ukraine en Biélorussie, où les deux délégations s’entendent sur des « couloirs humanitaires » pour l’évacuation de civils.

Au huitième jour de la guerre, Vladimir Poutine prend également une nouvelle fois la parole. Visage de cire derrière son bureau en bois, le chef du Kremlin assure que « l’opération militaire » en Ukraine se déroule « selon le plan ». Il martèle aussi y combattre des « néonazis » pour sauver les Russes et les Ukrainiens, qui ne forment selon lui « qu’un seul peuple ». Plus tôt dans la journée, Emmanuel Macron avait échangé avec lui. « L’anticipation du président [Macron] est que le pire est à venir compte tenu de ce que lui a dit le président Poutine », glisse l’Élysée, qui ajoute que l’objectif de la Russie est « de prendre le contrôle » de tout le pays.

4 mars : la Russie s’empare de la centrale nucléaire de Zaporijjia

Des explosions, des tonnes de poussière, une scène de désolation et une frayeur mondiale. La Russie s’empare de la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Ukraine et la plus puissante d’Europe. L’assaut et les bombardements russes ont provoqué un incendie, mais l’Inspection nucléaire ukrainienne annonce que le site ne présente pas de fuite. Les forces russes occupaient vendredi matin le territoire de la centrale mais le personnel assurait l’exploitation du site de façon normale.

Le président ukrainien accuse Moscou de recourir à « la terreur nucléaire », et appelle à « une action européenne immédiate », alors que la prise de la centrale de Zaporijjia a été condamnée par la communauté internationale. Les combats se poursuivent ailleurs, et notamment à Marioupol, ville portuaire du sud-est. L’Otan rejette la création d’une zone d’exclusion aérienne en Ukraine, ainsi qu’une intervention au sol.

5 mars : le port de Marioupol assiégé

Assiégée et convoitée pour sa position stratégique, la ville portuaire « n’existe plus », selon son maire. La formule est exagératrice, mais la réalité n’en est pas moins dramatique. Située au sud-est du pays, dans la mer d’Azov, Marioupol, 450 000 habitants, est une étape clé pour la Russie. La ravir assurerait une jonction, entre les forces russes venant de la Crimée annexée et les forces séparatistes du Donbass.

La ville est assiégée et essuie des tirs nourris, depuis cinq jours. Deux tentatives d’évacuation ont été entreprises. La dernière, entamée ce dimanche devait permettre d’exfiltrer 200 000 personnes. Elle a échoué, « au milieu de scènes dévastatrices de souffrances humaines », selon la Croix-Rouge.

6 mars : l’aéroport de Vinnytsia bombardé, au moins neuf morts

Neuf personnes ont été tuées dimanche dans le bombardement par l’armée russe de l’aéroport de Vinnytsia, à quelque 200 km au sud-ouest de Kiev, ont annoncé lundi les secours ukrainiens. « Lundi, à 6 heures (heure de Paris), quinze personnes ont été dégagées des décombres, dont neuf personnes décédées : cinq civils et quatre soldats », ont-ils indiqué sur Telegram, précisant que « les recherches continuaient » pour retrouver d’autres victimes éventuelles.

« Je viens d’être informé de frappes de missiles contre Vinnytsia », une ville qui compte près de 370 000 habitants, a déclaré le président Zelensky dans une adresse vidéo sur Telegram. « L’aéroport a été complètement détruit », a-t-il ajouté. Le ministère russe de la Défense a confirmé par la suite ces frappes.

7 mars : les villes dans des situations de plus en plus critiques

Ce matin-là, 2000 habitants d’Irpin la désolée ont réussi à quitter la ville, à 20 km de Kiev. A pied, avec quelques bagages, des couvertures, le peu de nourriture qu’il leur restait, une peluche par enfant. L’armée ukrainienne se tient prête à détruire le dernier pont reliant la ville à son arrière-pays, à Bilohorodka, à 25 km à l’ouest de la capitale.

8 mars : un premier corridor humanitaire ouvert

Après bien des désaccords et des polémiques, l’Ukraine accusant, en même temps qu’Emmanuel Macron, la Russie de « cynisme » pour avoir proposé des couloirs humanitaires dirigeant les civils vers la Russie ou son allié biélorusse, l’armée russe a cessé le feu à Soumy pour permettre aux Ukrainiens de quitter la ville. Direction le sud de l’Ukraine et l’oblast de Poltava, à plus de 150 km de Soumy.

Autre événement majeur de ce 8 mars, le président Joe Biden a décrété un embargo sur les importations américaines de pétrole et de gaz russes, afin d’alourdir les sanctions imposées à la Russie et « porter un nouveau coup puissant à Poutine ». Quasiment simultanément, le Royaume-Uni a, lui, annoncé l’arrêt de ses importations d’énergie russe d’ici fin 2022.

9 mars : les violences montent d’un cran

Dans la cité portuaire ukrainienne assiégée de Marioupol, sans eau ni électricité, un établissement abritant un hôpital pédiatrique et une maternité a été détruit par des bombardements russes. « Il y a 17 blessés confirmés parmi le personnel hospitalier », a indiqué un responsable régional, Pavlo Kirilenko. Il a précisé « qu’il n’y avait aucun enfant » parmi les blessés et « aucun mort », selon un premier bilan. Sur une photo, une femme enceinte est portée sur un brancard. En neuf jours de siège russe, 1 207 civils ont été tués à Marioupol, indique la mairie sur sa chaîne Telegram.

La centrale de Tchernobyl est « complètement arrêtée » en raison de l’offensive russe, indique l’opérateur ukrainien chargé de sa maintenance et de son refroidissement. Plus tôt dans la matinée, l’AIEA déclare avoir perdu le contact avec les systèmes contrôlant les matériaux nucléaires. « Je suis profondément préoccupé par la situation difficile et stressante dans laquelle se trouve le personnel de la centrale nucléaire de Tchernobyl et par les risques potentiels que cela comporte pour la sécurité nucléaire », avertit le directeur général Rafael Grossi.

Les camps russe et ukrainien se rendent à Antalya, en Turquie, pour poursuivre des pourparlers jeudi. De leur côté, les chefs d’Etat européens convergent tous vers Versailles, où se tient jeudi également un Congrès unique qui portera sur la guerre en Ukraine.

10 mars : une rencontre diplomatique pour rien

Réunis en Turquie, les ministres russe et ukrainien des Affaires étrangères n’ont pas seulement échoué à trouver un accord de cessez-le-feu, ils n’en auraient, selon le Russe Serguei Lavrov, jamais discuté. Dmytro Kuleba clame que l’Ukraine refuse de capituler comme le lui a demandé Lavrov, et « ne se rendra pas ». Lavrov affirme que la Russie « n’a pas attaqué », pas plus qu’elle n’a bombardé la maternité de Marioupol, où sont décédées trois personnes dont une fillette.

11 mars : Dnipro frappée pour la première fois

Trois missiles sont tombés sur la ville de Dnipro, cité industrielle située sur le fleuve Dniepr. Ils ont détruit un jardin d’enfant, un immeuble d’habitations et une usine de chaussures et fait un mort. Les combats se poursuivaient à Tchernihiv et Lutsk, tandis que Kharkiv est encerclée et frappée par d’intenses bombardements.

Le sommet informel des dirigeants européens, réunis depuis la veille à Versailles sous l’égide d’Emmanuel Macron, accouche d’une souris aux yeux du président ukrainien.

12 mars : Kiev, Dnipro et Mykolaïv sous la mitraille

Les forces russes continuent leur stratégie de harcèlement et de démoralisation des villes. Elles ne sont plus qu’à une vingtaine de kilomètres du cœur de Kiev, et pilonnent ailleurs. À Mykolaïv, des hôpitaux, dont un qui hébergeait des patients, ont été bombardés dans la nuit. Depuis la capitale, le président Zelensky a estimé que le conflit avait « déjà atteint un tournant stratégique ». « Il est impossible de dire combien de jours nous avons encore (devant nous) pour libérer la terre ukrainienne ». Treize corridors humanitaires devraient pouvoir être ouverts ce samedi, notamment pour poursuivre l’évacuation – au compte-gouttes – de Marioupol.

13 mars : l’ouest du pays, relativement épargné jusqu’ici, est attaqué

Une base militaire près de la frontière polonaise dans l’ouest de l’Ukraine a été bombardée dans la nuit. Les frappes ont fait au moins 35 morts selon les autorités locales dimanche, tandis que le sud du pays continue d’être pilonné et que Kiev craint un encerclement.

Cette base militaire est située à Yavoriv, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Lviv, où de nombreuses personnes déplacées ont afflué. Et à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec la Pologne, pays membre de l’Otan.

14 mars : une journaliste russe critique le Kremlin en direct à la télévision

La guerre fait rage sur tous les fronts en Ukraine où chaque camp s’accuse mutuellement de s’en être pris à des civils. Neuf personnes auraient été tuées dans une frappe russe sur une tour de télévision à Rivne dans l’ouest de l’Ukraine, ont annoncé les autorités ukrainiennes. Dans le même temps, les séparatistes pro-russes imputent à l’armée de Zelensky la mort de 20 civils, après un tir de missile dans le centre de Donetsk, dans la région du Donbass (Est).

C’est dans ce contexte que s’est ouverte la quatrième session de pourparlers, par visioconférence, entre les belligérants. Volodymyr Zelensky a fait part d’un certain optimisme, rapportant que les Russes avaient « commencé à comprendre qu’ils n’arriveront à rien par la guerre ».

En Russie, une journaliste a interrompu le journal télévisé diffusé en direct sur la chaîne de télévision publique du pays avec une pancarte hostile au Kremlin. « Arrêter la guerre. Non à la guerre ! » a-t-elle crié, munie d’une pancarte indiquant : « Ne croyez pas la propagande. Ils vous mentent. » L’action courageuse a immédiatement été partagée en masse sur les réseaux sociaux.

15 mars, Zelensky renonce à l’Otan

« Il faut reconnaître » que l’Ukraine ne pourra pas adhérer à l’Otan, a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, alors que ce dossier est un des motifs avancés par la Russie pour justifier son invasion du pays. « Nous avons entendu pendant des années que les portes étaient ouvertes, mais nous avons aussi entendu que nous ne pourrions pas adhérer. »

Malgré cette concession importante, l’offensive russe s’est intensifiée, avec une série de frappes sur Kiev placée sous couvre-feu.