Conseil de sécurité de l’ONU : les sidérants échanges des diplomates, pendant la déclaration de guerre de Poutine

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C’est un moment de flottement historique et un véritable pied de nez à l’ONU de la part du président russe. En quelques minutes, dans la nuit de mercredi à jeudi, la situation a basculé en Ukraine lorsque Vladimir Poutine a pris la parole le temps d’une allocution télévisée pour annoncer une intervention militaire. Dans le même temps, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait pour demander à la Russie de ne pas attaquer. S’en est suivie plus d’une heure d’échanges hallucinants. Récit.

« Président Poutine, empêchez vos troupes d’attaquer »

Ce jeudi, peu avant une heure du matin, et pour la deuxième fois en trois jours, le Conseil de sécurité de l’ONU est convoqué en urgence, à la demande de Kiev. Hasard du calendrier, c’est l’ambassadeur russe, Vassili Nebenzia, qui préside l’assemblée ce mois-ci.

Il est près de 3h45 du matin lorsque la réunion démarre. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, prend la parole en premier, pour s’adresser directement à Vladimir Poutine. « La journée a été remplie de rumeurs et d’indices laissant supposer qu’une offensive contre l’Ukraine était imminente », entame-t-il. « Ces derniers temps, des bruits similaires ont couru et je ne les ai jamais crus, convaincu que rien de sérieux ne se produirait. J’avais tort », reconnaît le secrétaire général. « Si une opération est effectivement en préparation, je n’ai qu’une chose à dire, du fond de mon cœur : président Poutine, empêchez vos troupes d’attaquer l’Ukraine. Donnez une chance à la paix. Trop de personnes sont déjà mortes », lance-t-il.

Mais, quelques minutes seulement après cette demande, peu avant deux heures du matin, Vladimir Poutine prend la parole à la télévision russe. Faisant fi des prières de Guterres, le président russe annonce le début de l’invasion de l’Ukraine. « J’ai pris la décision d’une opération militaire », lance-t-il.

Pendant ce temps, dans l’enceinte du conseil de sécurité de l’ONU, Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, fait encore état des rumeurs selon lesquelles des colonnes de chars russes s’approchent de l’Ukraine, tout en précisant « ne pas pouvoir vérifier ces informations ». Elle rappelle même que Zelensky a répété sa volonté de faire gagner la diplomatie et que Poutine s’est dit prêt à continuer le dialogue. « Nous encourageons cet effort, même à cette heure tardive », poursuit Rosemary DiCarlo. L’heure est tardive en effet, un peu trop même, pour la diplomatie.

Une annonce en direct

Alors que l’ambassadeur d’Albanie prend à son tour la parole, le représentant ukrainien, lui, pianote sur son téléphone. Il a sans doute appris la nouvelle. Mais le tour de table continue dans l’ordre prévu et chacun lit sa déclaration. Dans les discours, le ton est toujours au conditionnel.

Près d’une heure après le début du Conseil de sécurité, c’est au tour du président temporaire de prendre la parole. Dans la droite lignée du discours tenu par la Russie depuis le début de la crise, Vassili Nebenzia renvoie la faute sur les Ukrainiens et reprend les mêmes arguments que Vladimir Poutine. Enfin, il transmet l’information principale de la nuit : « Pendant cette réunion, le président russe a pris la parole pour annoncer une opération militaire dans le Donbass. Nous ne connaissons pas tous les détails, mais je veux vous informer que l’occupation de l’Ukraine n’est pas dans nos plans. Le but de cette opération est de protéger les gens qui, depuis huit ans, ont vécu un génocide de la part du régime de Kiev ».

C’est désormais à l’ambassadeur ukrainien au Conseil de sécurité de prendre la parole. Le temps semble suspendu aux lèvres de Sergiy Kyslytsya. Il enlève son masque, l’air grave. Précise que « la déclaration avec laquelle (il est) venu ce soir (…) est presque entièrement caduc depuis 10 heures (heure de New York) ».

« Pas de purgatoire pour les criminels de guerre »

« L’ambassadeur russe vient de confirmer, il y a trois minutes, que le président avait déclaré la guerre à mon pays », s’insurge-t-il. « En venant ici, il y a une heure, j’avais l’intention de demander à l’ambassadeur russe de confirmer officiellement que les troupes ne lanceraient pas d’attaque contre l’Ukraine. C’est devenu inutile il y a 48 minutes », poursuit l’ambassadeur. S’ensuit un échange tendu. « Il est trop tard, chers collègues, pour parler de désescalade », explique-t-il aux membres du Conseil de sécurité, avant de se tourner vers l’ambassadeur russe. « Est-ce que je dois mettre la vidéo de votre président maintenant ? Ou pouvez-vous confirmer ? », demande-t-il. Alors que Vassili Nebenzia s’apprête à répondre, l’Ukrainien reprend : « Ne m’interrompez pas, s’il vous plaît ». « Alors ne me posez pas de question », rétorque son homologue russe.

« Vous avez déclenché la guerre et c’est la responsabilité de cette instance d’arrêter la guerre », conclut Sergiy Kyslytsya. Diplomatie oblige, comme après chaque prise de parole, le président temporaire « se doit de remercier le représentant ukrainien pour sa déclaration ». Avant d’enchaîner, cassant : « Ça ne s’appelle pas une guerre, ça s’appelle une opération militaire dans le Donbass. »

Cette soirée historique s’achève par un dernier tour de table, plusieurs représentants ayant demandé à reprendre la parole au vu des derniers développements. Les condamnations contre la Russie s’enchaînent, les soutiens à l’Ukraine aussi. « Appelez Poutine, appelez Lavrov pour arrêter cette agression », demande le diplomate ukrainien, avant de conclure, tranchant : « Il n’existe pas de purgatoire pour les criminels de guerre. Ils vont directement en enfer. »