Guerre en Ukraine : l’UE prend des sanctions pour «asphyxier le fonctionnement de la Russie»

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Après les États-Unis, les dirigeants de l’Union européenne réunis en sommet, jeudi soir, ont durci les sanctions contre la Russie après une première salve de mesures. « Les dirigeants russes devront faire face à un isolement sans précédent », a lancé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Et Josep Borell, le chef de la diplomatie de l’UE d’ajouter : « C’est le train de sanctions le plus sévère jamais mis en œuvre ».

« Je ne suis pas sûre que le président Poutine a pris la mesure de l’ampleur des sanctions décidées. Il s’agit d’asphyxier le fonctionnement de la Russie », a réagi ce vendredi matin Jean-Yves Le Drian sur France Inter. « Le paquet des mesures annoncées est tout à fait spectaculaire. Il correspond à la gravité de la situation », a poursuivi le ministre des Affaires étrangères.

Concrètement, l’Union européenne va notamment limiter drastiquement l’accès de la Russie aux marchés de capitaux européens, entravant et renchérissant le financement de sa dette. En d’autres termes, dans une démarche coordonnée, les États-Unis et l’Europe ont décidé d’interdire à la Russie de lever de nouvelles dettes quelle que soit la devise, sur leurs marchés.

Isoler la Russie

L’idée est d’asphyxier financièrement la Russie et la priver durablement de ressources étrangères. L’UE « veut couper tous les liens entre la Russie et le système financier mondial », a expliqué le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ce vendredi matin. « Nous voulons isoler financièrement la Russie (…) Nous voulons assécher les financements » de l’économie russe, a-t-il déclaré devant la presse peu avant le début d’une réunion des ministres des Finances à Paris. « J’ai conscience que ces sanctions peuvent avoir un impact sur quelques entreprises françaises », a toutefois ajouté Bruno Le Maire, tout en assurant que « les ménages français n’ont pas d’inquiétude à avoir » face à la hausse des prix de l’énergie.

« Nous mettons en place des sanctions sur la dette souveraine russe. Le gouvernement ne peut plus lever d’argent à l’Ouest, et ne peut plus non plus échanger sa dette en Europe », avait déjà déclaré mardi soir le président américain, Joe Biden. Les sanctions européennes « feront monter l’inflation, accéléreront les sorties de capitaux et éroderont progressivement la base industrielle » du pays, veut croire Ursula von der Leyen.

The package of massive and targeted sanctions approved tonight shows how united the EU is.

First, this package includes financial sanctions, targeting 70% of the Russian banking market and key state owned companies, including in defence. https://t.co/iKVGfnafKp

— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) February 25, 2022

Si le résultat peut à court terme peser sur la valeur du rouble, et par effet boule de neige sur le pouvoir d’achat des consommateurs russes notamment pour les produits importés, la Russie peut aussi très bien se tourner et se rapprocher d’autres partenaires comme la Chine pour trouver des financements. Par ailleurs, la Russie dispose d’un véritable pactole avec une réserve de change estimée à près de 560 milliards d’euros et un fonds souverain d’environ 160 milliards d’euros. Un bas de laine qui devrait lui permettre d’amortir le choc des sanctions pendant un certain temps.

Des exportations interdites

L’Union européenne a aussi décidé de réduire l’accès de la Russie à des « technologies cruciales », en la privant de composants électroniques et de logiciels, de façon à « pénaliser gravement » son économie, a ajouté Ursula von der Leyen. Cela concerne notamment l’interdiction d’exporter vers la Russie des avions, pièces et équipements de l’industrie aéronautique et spatiale, ainsi que des technologies de raffinage pour l’industrie pétrolière. Ces restrictions toucheront aussi des biens à double usage (civil et militaire).

L’idée est aussi de toucher les élites en Russie. Les banques de l’UE auront interdiction d’accepter des dépôts de citoyens russes de plus de 100 000 euros et plusieurs entreprises étatiques russes se verront bloquer l’accès aux financements européens. Cela va aussi passer par le gel des avoirs ou des interdictions du territoire pour des personnalités réputées être proche de Vladimir Poutine. « L’impact sera maximum sur les élites russes », a assuré Ursula von der Leyen. Accessoirement, la Biélorussie, accusée d’être impliqué dans les opérations russes, sera par ailleurs frappée de sanctions supplémentaires.

Pas de blocage du système interbancaire Swift

Mais l’Union européenne n’est pas allée au bout de sa démarche. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait réclamé de bloquer l’accès de la Russie au système de messagerie bancaire Swift pour l’isoler financièrement du reste du monde, à l’instar de l’Iran fin 2019. Actuellement, quelque 300 banques et institutions russes utilisent ce système pour leurs transferts de fonds interbancaires.

Ni les États-Unis ni l’Union européenne n’ont poussé pour le moment ce levier qui serait à vrai dire le plus pénalisant. En franchissant cette ligne, plusieurs États dont l’Allemagne craignent que le Russie coupe brutalement les approvisionnements en gaz. Or, l’Allemagne est dépendante à 60 % du gaz russe.

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a expliqué sur la chaîne de télévision ARD qu’une telle mesure entraînerait « un risque élevé que l’Allemagne ne reçoive plus de livraisons de gaz et autres matières premières de Russie. L’Italie, la Hongrie, Chypre, l’Autriche, la Slovaquie ou encore la Lettonie sont dans le même cas de figure que l’Allemagne.

« Pardonnez-moi l’expression, mais nous n’en avons rien à foutre de toutes leurs sanctions », avait prévenu sans ambages l’ambassadeur russe en Suède, Viktor Tatarintsev, dans un entretien au journal suédois Aftonbladet le 12 février.