Covid-19 : ville paralysée, état d’urgence décrété… 5 minutes pour comprendre la situation à Ottawa

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Dix jours de blocage, plusieurs centaines de véhicules massés dans le centre-ville d’Ottawa, des entreprises fermées… Les opposants aux mesures sanitaires ont paralysé la capitale du Canada avec leurs barrages routiers imposants. Les habitants, excédés, n’arrivent plus à dormir en raison des coups de klaxons que les protestataires ne cessent d’émettre. Face à ce qu’il qualifie « d’occupation » et jugeant la situation « hors de contrôle », le maire Jim Watson a déclaré dimanche l’état d’urgence. On fait le point.

Qui manifestent et pourquoi ?

Des centaines de camions et des milliers de personnes ont afflué dans Ottawa samedi 29 janvier, bloquant les axes routiers majeurs de la capitale. À l’origine, le mouvement, baptisé « convoi de la liberté », visait à protester contre la décision d’obliger, depuis la mi-janvier, les camionneurs à être vaccinés contre le Covid-19 pour franchir la frontière entre le Canada et les États-Unis.

Mais il s’est rapidement transformé en une manifestation contre les mesures sanitaires dans leur ensemble et aussi, pour certains, contre le gouvernement de Justin Trudeau, qui a été réélu en septembre dernier.

Selon de nombreux observateurs, des éléments d’extrême droite sont impliqués dans l’organisation du mouvement aux côtés des camionneurs. Certains manifestants sont munis de pancartes insultant le Premier ministre, d’autres portent des drapeaux confédérés ou nazis et clament vouloir dissoudre le gouvernement. Samedi, un homme à cheval a agité un drapeau « Trump 2024 » sur la route principale devant le Parlement.

Le mouvement est-il soutenu ?

Des manifestations de solidarité se sont étendues ce week-end à d’autres grandes villes canadiennes, comme Toronto, Québec et Vancouver. De l’autre côté de la frontière, l’ancien président des États-Unis Donald Trump a apporté son soutien aux camionneurs, critiquant « la politique dure du fou d’extrême gauche Justin Trudeau ».

Une collecte de fonds censée couvrir le carburant et les autres dépenses des manifestants a récolté plus de 10 millions de dollars canadiens (7 millions d’euros), avant d’être supprimée le 4 février par le site de financement participatif GoFundMe, qui l’hébergeait. La plate-forme craignait en effet que l’argent ne soit utilisé de manière non conforme à ses conditions d’utilisation, car « la manifestation auparavant pacifique est devenue une occupation ».

« Ses deux organisateurs sont des personnalités connues de l’écosystème d’extrême droite canadien et ont publiquement fait des commentaires islamophobes », note par ailleurs le Canadian Anti-Hate Network, un organisme de surveillance. Dès le lendemain, une nouvelle collecte de fonds avait permis de récolter plus de 1,3 million de dollars sur un autre site.

Selon un récent sondage mené par Abacus Data, 68 % des Canadiens estiment qu’ils ont « très peu de choses en commun » avec les manifestants, tandis qu’un tiers de la population (32 %) dit, au contraire, avoir « beaucoup en commun » avec eux. Le syndicat des camionneurs s’est de son côté désolidarisé des protestations, soulignant que 90 % de ses membres étaient vaccinés -contre 79 % dans la population générale.

En Europe, et notamment en France, le convoi de la liberté est devenu une source d’inspiration pour les anti-vaccins et opposants aux mesures sanitaires. Plusieurs groupes ont ainsi appelé à converger vers Bruxelles le 14 février.

Quelle est la situation sur place ?

Quelque 500 véhicules aux moteurs allumés étaient toujours massés dimanche à Ottawa, dégageant des vapeurs diesel dans tout le centre-ville. Les protestataires continuaient à crier « Liberté » et à klaxonner, malgré une pause de quatre heures, « en signe de bonne volonté ». Des feux d’artifice ont également été tirés dans des quartiers très fréquentés ce week-end.

Exaspérés, des habitants ont fait part de leur frustration sur les réseaux sociaux. « Mon enfant handicapé n’arrive pas à dormir à cause de ces camions qui klaxonnent et sa sœur fait des crises de panique », s’agace ainsi un résident d’Ottawa. « Il est 2 heures du matin et j’ai du travail dans la matinée… je ne peux pas dormir à cause des klaxons », écrit un autre sur Twitter. Un recours collectif de 10 millions de dollars canadiens (7 millions d’euros) a été lancé contre les organisateurs.

Lors d’une réunion d’urgence avec des élus municipaux samedi, le chef de la police d’Ottawa s’était plaint de ne pas avoir de moyens suffisants pour mettre fin à ce qu’il a qualifié « d’état de siège » et a réclamé des « ressources supplémentaires ». La police d’Ottawa doit recevoir sous peu le renfort de quelque 250 membres de la gendarmerie royale du Canada (GRC) un corps de police fédéral.

Dimanche, après avoir jugé « la situation complètement hors de contrôle car ce sont les protestataires qui font la loi », le maire de la capitale Jim Watson a déclaré l’état d’urgence. « Nous sommes en train de perdre la bataille, nous devons reprendre notre ville », a-t-il martelé.

La police, jusqu’alors critiquée pour n’avoir pas su prévenir la paralysie du centre de la capitale, a également durci le ton en annonçant son intention d’empêcher le ravitaillement des protestataires. Des menaces mises à exécution le soir même : les forces de l’ordre sont intervenues dans l’un des principaux camps de fortune de soutien aux manifestants afin de récupérer leur carburant.

Police have left with the fuel and propane but have not dismantled the camp. They have however cut off the supply route for protestors downtown pic.twitter.com/owBfJ8ZwBY

— Judy Trinh (@judyatrinh) February 7, 2022

En outre, la police a procédé à sept arrestations et dressé près de 450 contraventions pendant le week-end. « Voici Phil Rioux chauffeur de camion de Québec. (…) Il a reçu 700 dollars d’amende aujourd’hui pour bruit excessif et stationnement dans une zone sans arrêt », a notamment rapporté un journaliste de la chaîne CTV News.

Que change l’état d’urgence ?

Selon un communiqué de la municipalité, la déclaration de l’état d’urgence « reflète le grave danger ainsi que la menace à la sûreté et la sécurité des résidents posés par les manifestations continues et souligne le besoin de soutien de la part d’autres administrations et ordres de gouvernement ».

« L’état d’urgence donne aux autorités beaucoup plus de pouvoir, allant de procéder à des arrestations à demander des assistances supplémentaires du côté de la province ou du fédéral », explique Michel Juneau-Katsuya, ancien cadre du Service canadien du renseignement de sécurité, au journal la Presse. Le maire d’Ottawa a d’ailleurs appelé le gouvernement fédéral à nommer un médiateur pour travailler avec les protestataires et mettre un terme à la manifestation, indique CTV News ce lundi.

Que dit le gouvernement fédéral ?

Le Premier ministre canadien, qui est isolé depuis lundi dernier car positif au Covid, n’a pas réagi publiquement à la poursuite des manifestations ce week-end. Sa dernière prise de parole sur le sujet remonte à jeudi. Il avait alors rejeté l’idée d’un recours à l’armée, une option envisagée par le chef de la police d’Ottawa. « Il n’est pas question pour l’instant d’envoyer l’armée », avait affirmé Justin Trudeau, estimant qu’il fallait être « très, très prudent avant de déployer l’armée quand des citoyens canadiens sont impliqués ».