Nord Stream 2 : 5 minutes pour comprendre pourquoi ce gazoduc est devenu un enjeu dans la crise en Ukraine

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Même si Emmanuel Macron a réitéré son souhait de privilégier la diplomatie sur le dossier, l’Occident réfléchit tout de même aux sanctions à imposer à la Russie en cas d’invasion de l’Ukraine. Parmi les possibilités dans les tuyaux, celle de ne pas mettre en service le gazoduc Nord Stream 2, qui relie la région de Saint-Pétersbourg à l’Allemagne.

Qu’est-ce que c’est ?

Nord Stream 2 est un gazoduc de plus de 1 200 kilomètres qui passe par la mer Baltique pour relier un village de la région de Saint-Pétersbourg à Lumbin, une ville côtière au nord de l’Allemagne. Exploité par l’entreprise russe Gazprom, il a pour but de compléter l’offre déjà proposée par Nord Stream 1 en service depuis 2012, dont le tracé est presque identique.

En passant par la Baltique, la Russie espère ainsi avoir à utiliser de moins en moins ses gazoducs cheminant par l’intérieur de l’Europe, comme Brotherhood, qui transit via l’Ukraine. Cela lui permettrait, notamment, de ne plus avoir à payer de taxes auprès des pays concernés.

Si sa construction a été achevée en septembre 2021, Nord Stream 2 n’est toujours pas utilisé. Sa mise en service a « été bloquée par l’autorité allemande de régulation de l’énergie (qui a même suspendu, en novembre, la procédure de certification) parce que son exploitation est pour le moment contraire à une directive européenne », nous explique Christian Lequesne, professeur de sciences politiques à Sciences-po.

En quoi est-ce une menace pour la Russie ?

La Russie a besoin de vendre son gaz et elle préfère, pour ce faire, « qu’il aille directement vers l’Allemagne plutôt que de passer par la voie terrestre, via des pays qui vont imposer des taxes », entame Christian Lequesne.

Au-delà de l’argument économique, la non-utilisation de Nord Stream 2 pourrait mettre à mal les intentions de Moscou sur l’Ukraine. « Les Russes seraient obligés de continuer à se servir des gazoducs déjà existants, qui transitent par la Pologne et par l’Ukraine », or, « ils peuvent difficilement faire la guerre sur un territoire où passe leur gaz », explique Sami Ramdani, doctorant à l’Institut Français de Géopolitique et associé à l’IRSEM (institut de recherches stratégique de l’école militaire).

Pourquoi cette menace n’est pas si simple à appliquer ?

Tout simplement parce qu’elle n’implique pas les mêmes conséquences pour tout le monde. Certains pays sont donc plus prompts à l’envisager. C’est notamment le cas des Etats-Unis, qui non seulement ne seraient en aucun cas impactés par la suspension du gazoduc puisqu’ils ne sont pas consommateurs du gaz russe, mais qui pourraient, en plus, « tenter de vendre leur propre gaz sur les marchés européens », complète Sami Ramdani.

A l’inverse, il existe un autre pays pour lequel cette menace est très loin d’être anodine : l’Allemagne, qui serait « presque plus embêtée que les Russes » si Nord Stream 2 n’était jamais mis en service, estime Christian Lequesne. Car cela entrainerait « un manque de compétitivité critique pour l’industrie allemande », complète Sami Ramdani.

D’ailleurs, si plusieurs gouvernances – à commencer par les Américains – reprochent à l’Allemagne son manque d’engagement contre la Russie, il existe, sur le sujet, un désaccord au sein même du pays. Comme nous l’explique le professeur de Sciences politiques Christian Lequesne, si le chancelier actuel et les libéraux sont très clairement favorables à la mise en place du gazoduc, ce n’est pas le cas des écologistes, qui font partie de la coalition actuellement au pouvoir.

Y a-t-il un risque pour l’Europe ?

« Comme on est interdépendant, l’application de cette menace mettrait les deux camps dans l’embarras », confirme Sami Ramdani, doctorant à l’Institut Français de Géopolitique. Avant la crise sanitaire, en 2019, l’Union Européenne a importé 440 milliards de m3 de gaz naturel. Plus de 37 % (166 milliards) venaient des gazoducs russes.

Donc, en cas de refus d’utiliser Nord Stream 2, « les Russes pourraient continuer à faire ce qu’ils font en ce moment, c’est-à-dire envoyer le minimum de gaz contractuellement obligatoire vers l’Europe », une manœuvre qui impliqueraient « des prix toujours hauts » pour le Vieux continent, détaille Sami Ramdani. Sans compter que les investissements fait par les différentes entreprises européennes pour la construction du gazoduc ne seraient pas rentabilisés.

Pour autant, même si l’UE a toujours besoin du gaz russe, elle aspire à réduire sa dépendance. Et, dans le cadre de la transition énergétique et de l’ambition zéro carbone pour 2050, cette tendance devrait se renforcer. L’Allemagne « est très au point sur les nouvelles formes d’énergie et plus le temps va passer, moins elle aura besoin du gaz russe », constate Christian Lequesne. Pas sûr, pour autant, que le refus de mettre en place Nord Stream 2 soit, actuellement, « un réel moyen de pression » sur la Russie, conclut-il.