L’Afghanistan des talibans : comment nos reporters ont travaillé

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Pour pouvoir s’envoler vers Kaboul quand on est journaliste, il faut un visa de presse. Sur présentation d’une « lettre de mission » de notre journal, l’ambassade d’Afghanistan à Paris nous en délivre un sur notre passeport en quelques minutes moyennant 300 euros en cash. Un montant largement supérieur aux tarifs en vigueur avant la « révolution » talibane.

Le plus simple pour rejoindre la capitale, dont l’aéroport a rouvert fin septembre pour les vols commerciaux internationaux, est de faire escale à Dubaï avant d’embarquer dans un avion de la compagnie afghane Kam Air. Pour nous accompagner sur place durant neuf jours, nous avons recours aux services d’un chauffeur ainsi que d’un « fixeur » qui fait office de traducteur (en anglais) et nous aide à prendre des rendez-vous.

Première étape : le ministère des Affaires étrangères de l’émirat islamique pour obtenir, après deux heures de patience, une autorisation de circuler et de réaliser nos reportages. Un document officiel exigé, par exemple, à chaque fois que nous souhaitons interroger des talibans en action aux check-points ou au commissariat de police à Kaboul.

Mais, dès que nous changeons de province, nous devons, de nouveau, affronter la bureaucratie talibane et nous enregistrer auprès de son antenne régionale du ministère de l’Information, pas forcément au courant des règles… à Kaboul. L’argument est toujours le même : c’est pour notre « sécurité ».

Une conception restreinte de la liberté de la presse

L’offensive de communication est vraiment lancée. Soucieux de changer l’image de son mouvement radical, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdul Qahar Balkhi, a tenu à nous recevoir à notre arrivée avec d’autres confrères italiens, allemands et espagnols.

« Je ne vous demande pas de faire la propagande de notre régime mais de faire votre travail le plus honnêtement possible. On respecte la liberté de la presse », s’engage-t-il dans un anglais parfait. Une liberté toute relative : selon une enquête de Reporters sans frontières dévoilée fin décembre, plus de quatre médias sur dix ont disparu en Afghanistan depuis la prise de pouvoir des fondamentalistes en août et 60 % des journalistes locaux (84 % des femmes) sont « dans l’incapacité de travailler ».

En ce qui nous concerne, les islamistes nous ont (à peu près) laissés exercer notre métier, sauf quand nous avons voulu couvrir une manifestation d’une vingtaine de femmes dénonçant le meurtre de Zainab Abdulahi, tuée par balles en fin de soirée à un check-point alors qu’elle rentrait d’un mariage.

Très agressives, les forces spéciales armées nous ont interdit toute photo et intimé l’ordre de remonter illico dans notre voiture. Avec un message belliqueux : « Si on vous frappe, il ne faudra pas vous plaindre ! » Une heure plus tard, nous avons discrètement retrouvé quelques-unes de ces militantes courageuses à l’étage d’un café et à l’abri des censeurs.