«Partygate» de Boris Johnson : la police britannique demande la censure d’un rapport interne et provoque l’indignation

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Sera-t-il publié seulement dans quelques mois ? Dans une version édulcorée ? Le rapport administratif sur le scandale des fêtes à Downing Street pendant les confinements de 2020 et 2021 est très attendu au Royaume-Uni. Depuis mercredi, sa publication tient en haleine la presse et la classe politique. Il pourrait fragiliser le Premier ministre Boris Johnson, voire le mettre en péril. Mais coup de théâtre ce vendredi : la police britannique a demandé que ce rapport soit expurgé d’éléments clés.

Le rapport, rédigé par la haute fonctionnaire Sue Gray, tarde à être publié, selon la presse, en raison d’interrogations sur ce qui peut y figurer, alors que la police s’est à son tour emparée du scandale, chamboulant le calendrier. Après avoir été critiquée pour sa lenteur à réagir aux révélations qui se succédaient depuis plusieurs semaines, la police a finalement annoncé mardi enquêter sur plusieurs fêtes qui auraient contrevenu aux strictes règles anti-Covid, potentiellement les plus dommageables pour le Premier ministre Boris Johnson.

Des conclusions qui n’arriveront que dans quelques mois ?

« Pour les événements faisant l’objet d’une enquête par la Met (police de Londres), nous avons demandé de n’en faire qu’une référence minimale dans le rapport du Cabinet Office », agence interministérielle dont dépendent les travaux de Sue Gray, a indiqué la Metropolitan Police de Londres. « La Met n’a demandé aucune limitation sur d’autres événements dans le rapport, ou que le rapport soit repoussé, mais des contacts sont en cours avec le Cabinet office, notamment sur le contenu du rapport, pour éviter tout préjudice à notre enquête », a-t-elle ajouté.

Le rapport s’annonce potentiellement largement édulcoré, privé de ses conclusions sur les événements retenus par la police comme les plus susceptibles d’avoir enfreint les confinements. À moins que sa publication ne soit suspendue jusqu’aux conclusions des forces de l’ordre, ce qui peut prendre plusieurs mois.

L’opposition exige la publication du rapport dans son intégralité

Immédiatement, les partis de l’opposition ont exigé la publication, dans son intégralité et sans censure, de l’enquête interne, comme l’a promis Boris Johnson à plusieurs reprises. Sur Twitter, le leader du parti indépendantiste SNP au parlement, Ian Blackford, a déploré « ce qui ressemble de plus en plus à une dissimulation de la vérité ».

The Sue Gray report must be published in full and undoctored without further delay.

This UK government farce has gone on long enough. People are understandably concerned that this increasingly looks like a cover-up.

— Ian Blackford (@Ianblackford_MP) January 28, 2022

Keir Stammer le chef de l’opposition travailliste accuse Boris Johnson de se cacher derrière le « bouclier » de la Met dans The Times. La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon estime sur Twitter que « la publication complète des conclusions des enquêtes est désormais essentielle pour la confiance du public ».

Les familles des victimes du coronavirus se sont également offusquées. Pour Fran Hall, porte-parole de l’association « Covid-19 Bereaved Families for Justice », la police a « brisé la confiance du public, d’abord en refusant d’enquêter sur ces violations flagrantes de la loi, et maintenant en demandant qu’une autre enquête cache les illégalités les plus graves survenues à Downing Street ».

Une façon de temporiser

Ces fêtes ont plongé Boris Johnson dans une grave crise qui menace un maintien à son poste. Beaucoup de députés de son camp attendent la publication du rapport interne pour décider de tenter de l’évincer ou non par le biais d’un vote de défiance. Le gouvernement s’est défendu de toute intervention. Interrogé sur ITV, le secrétaire d’Etat chargé des Technologies, Chris Philp, a affirmé que l’exécutif n’avait « aucune influence ni implication dans la manière dont Sue Gray et la police conduisent leurs rapports et enquête », insistant sur leur « totale indépendance ».

Aux yeux de certains commentateurs politiques, cette annonce tombe toutefois à point nommé pour Boris Johnson, qui gagne ainsi du temps alors qu’il tente, pour sauver sa place, d’amadouer les députés les plus rebelles. Selon le journal The Times, le chef de gouvernement réfléchit ainsi à plusieurs mesures qui pourraient les rallier, comme suspendre au grand dam du Trésor la hausse annoncée des cotisations sociales, en pleine inflation qui rogne le pouvoir d’achat des Britanniques.