Crise humanitaire en Afghanistan : Talibans et Occidentaux de nouveau réunis pour négocier de l’aide internationale

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Sur la table, les conditions de vies désastreuses de nombreux afghans. Les diplomates occidentaux et les talibans se retrouvent à nouveau ce lundi à Oslo, après de premières discussions entamées ce dimanche dans le cadre de la première visite européenne des forces au pouvoir en Afghanistan.

Au programme : la crise humanitaire, aggravée par la rudesse de l’hiver face à une population souvent démunie et privée de ses droits quand il s’agit des femmes. Depuis leur entrée au pouvoir suite au retrait des troupes américaines en septembre 2021, aucune aide internationale n’est prodiguée et les avoirs de nombreux afghans sont gelés.

À huis clos dans l’hôtel Soria Moria, sur une colline enneigée près d’Oslo, La délégation conduite par leur ministre des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi rencontrera des représentants des États-Unis, de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Italie, de l’Union européenne et de Norvège.

Une rencontre inédite, la première en Europe

« Tout en cherchant à résoudre la crise humanitaire (…), nous poursuivrons une diplomatie lucide avec les talibans (dictée par) notre intérêt constant pour un Afghanistan stable, respectueux des droits et inclusif », a tweeté dimanche le représentant spécial américain, Thomas West, alors que des millions d’Afghans sont menacés par la faim dans le pays.

De leur côté, les talibans disent espérer que les rencontres de ce genre contribuent à apporter de la légitimité à leur gouvernement. Le porte-parole du gouvernement islamiste, Zabihullah Mujahid, a également dit ce samedi à l’AFP espérer que les discussions contribueront à « changer l’atmosphère guerrière (…) en situation pacifique ».

Aucun État n’a pour l’instant reconnu le gouvernement des talibans, fondamentalistes islamistes chassés du pouvoir en 2001 mais redevenus maîtres du pays en août dernier après une offensive éclair. Ainsi cette rencontre a été décriée par une partie des diplomates pour participer à renforcer la crédibilité du régime en place.

De multiples voix de la diaspora afghane ont néanmoins critiqué l’invitation et plusieurs manifestations ont eu lieu devant le ministère des Affaires étrangères à Oslo. La Norvège a souligné que les discussions entamées avec les talibans « ne constituent pas une légitimation ni une reconnaissance ». « Nous devons parler aux autorités qui dirigent de facto le pays », a affirmé la cheffe de sa diplomatie, Anniken Huitfeldt, ce vendredi.

Plus aucune aide depuis le nouveau régime

Face à la situation afghane, l’ONU multiplie les appels à maintenir les dons, mais l’organisation est peu suivie. Depuis août 2021, l’aide internationale qui finançait environ 80 % du budget afghan s’est arrêtée et les États-Unis ont gelé 9,5 milliards de dollars d’avoirs de la Banque centrale afghane.

Le chômage a explosé et les salaires des fonctionnaires ne sont plus payés depuis des mois. La faim menace aujourd’hui 23 millions d’Afghans, soit 55 % de la population, selon l’ONU qui a réclamé 4,4 milliards de dollars auprès des pays donateurs cette année.

La communauté internationale attend cependant de voir comment les fondamentalistes islamistes gouvernent, après avoir piétiné les droits humains lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001.

Malgré les promesses, les femmes sont largement exclues des emplois dans le secteur public et les écoles secondaires pour filles restent pour la plupart fermées. Deux militantes féministes ont disparu cette semaine à Kaboul.

Rompre la glace

Dimanche, lors de la première journée de cette visite de trois jours, les talibans ont rencontré des membres de la société civile afghane, notamment des militantes féministes et des journalistes, pour des entretiens sur les droits humains.

Une des militantes féministes, Jamila Afghani, a évoqué « une réunion positive pour rompre la glace ». « Les talibans ont fait preuve de bonne volonté », a-t-elle indiqué dans un message à l’AFP. « Voyons si leurs actes suivront leurs paroles ».

Les participants ont souligné « que tous les Afghans doivent travailler ensemble pour une amélioration politique, économique et sécuritaire dans le pays », a pour sa part tweeté le porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, dans ce qu’il a présenté comme une « déclaration conjointe ». Ils ont aussi reconnu que « la compréhension et la coopération conjointe sont les seules solutions à tous les problèmes de l’Afghanistan », a-t-il précisé.

Parmi les quinze membres de la délégation – exclusivement masculine – arrivée samedi soir à bord d’un avion affrété par la Norvège, figure Anas Haqqani, un des chefs du réseau Haqqani. Sa présence à Oslo est particulièrement critiquée sur les réseaux sociaux. Responsable de plusieurs attentats meurtriers en Afghanistan, son clan, devenu une composante majeure du nouveau régime taliban, est considéré par les États-Unis comme un groupe terroriste.